Une campagne contre l'intolérance et l'exclusion des femmes musulmanes qui portent le voile​

Nous, femmes musulmanes, exigeons le respect de notre liberté de conscience et l’égalité de traitement. Des dispositions légales ou non nous privent d’accès à de nombreux emplois, à des formations, à des équipements sportifs.  Accompagnées de nos allié.e.s  nous sommes mobilisées à Grenoble, à Lyon et en Île de France pour refuser toutes les pratiques intolérantes et excluantes. La campagne a été lancée à l’été 2018 à Grenoble avec la signature d’une pétition par 315 femmes demandant le droit d’accéder aux piscines municipales avec un maillot de bain à manches longues. Elle s’est poursuivi avec l’obtention de la fin des règlements excluant dans 292 salles de sports et la mobilisation des footballeuses « hidjabeuses » qui se battent contre l’interdiction qui leur est faite de pratiquer leur sport favori tout en respectant leurs convictions.

Juillet 2020- Victoire contre l'exclusion dans les salles de sport lyonnaises

L’action collective du syndicat des femmes musulmanes a porté ses fruits. Refoulées à l’entrée des salles Interval parce qu’elles portent le voile, Loubna, les membres de l’Alliance Citoyenne des femmes voilées du Grand Lyon et leurs alliées sont allées vendredi 3 juillet faire leur propre séance de sport dans le hall de la salle de Saxe Gambetta à Lyon. La direction a accepté de changer ses règlements pour mettre fin aux effets excluants.

Depuis novembre, ce sont 292 salles de sports dans les régions lyonnaise, grenobloise et parisienne qui ont ainsi vu leur règlement changer pour assurer l’accès à toutes.

En 2017, le Conseil de l’Alliance Citoyenne de Grenoble a décidé de lancer une campagne d’organisation des femmes musulmanes affectées par les discriminations. Suite à la diffusion du spectacle Gens d’ici et d’en face, mis en scène par les Fées Rosses, une dizaine de femmes membres de l’Alliance du quartier Teisseire à Grenoble ont partagé certaines injustices qui les ont touchées récemment : impossibilité d’accompagner les enfants à la piscine, refus d’accès à des formations, maltraitance de la police lors d’un dépôt de plainte… la liste est longue. L’été approche et la question de l’accès aux piscines retient notre attention. Nous décidons de mener l’enquête par la réalisation de testing. 

La scène dans le spectacle je l’ai vraiment vécue; raconte Taous, mère de famille et comédienne au sein des Fées Rosses. J’avais inscrit mes cinq enfants à la sortie à la base de loisir de Annecy proposé par le centre social de mon quartier. Arrivée la bas, j’ai fais une ou deux descente de toboggan avec le plus petit puis le maître nageur m’a demandé sortir car mon maillot couvrant étaient jugée inapproprié. Mes enfants et les autres parents n’ont pas compris ce qui se passait! J’ai trouvé ça totalement injuste et c’est pour ça que j’ai décidé de le mettre en scène dans le spectacle Gens d’ici et d’en face”. 

"Chaque jour on a des témoignages de mamans exclus des sorties scolaires, d'étudiantes exclues de sport universitaire, ou de femmes dont on on refuse l'embauche à cause du port du voile" ​

Le combat pour l'accès aux piscines publiques en maillot long

Les règlements intérieurs interdisant les maillots couvrants de type burkini privent des milliers de femmes d’accès aux piscines publiques, et en limitent l’accès à leurs enfants. Après enquête en France, en Norvège, en Allemagne et au Royaume-Uni, il s’avère qu’aucun critère d’hygiène, de sécurité ou d’ordre ne permet de justifier cette interdiction. En l’absence de justification, le statu quo apparaît comme une injustice porteuse d’une exclusion supplémentaire affectant un public de femmes déjà marginalisées par ailleurs.

A Grenoble d’abord, puis à Lyon et à Paris, des femmes ont décidé de se lever pour faire changer ça.

Ca a commencé avec les premiers testings dans les piscines Grenoble, le premier a été mené à la piscine de Dauphins.

Puis une pétition a été lancée parmi les femmes musulmanes grenobloises, atteignant rapidement 380 signatures.

Une première rencontre avec les élus de la ville de Grenoble en septembre 2018 a laissé entrevoir de belles promesses.

Mais celles-ci n’ont pas été tenues. Aucune réponse de la mairie après les huit relance de groupe de femmes entre octobre 2018 et mai 2020. Elles ont alors décidé de passer à l’action et de lancer des opérations de désobéissance civique dans les piscines.